Quand le notaire commis par le Tribunal pour le partage n’agit pas…

J’ai déjà abordé à plusieurs reprises la question du partage judiciaire dans le cadre de mes articles.

Nombreux sont les héritiers ou les ex-époux désemparés qui contactent le Cabinet car bien que le partage ait été prononcé par le Tribunal aux termes d’une procédure en général déjà assez longue, la situation n’en demeure pas moins bloquée, devant le notaire désigné par le Tribunal.

A l’inertie du notaire, il faut en général ajouter la résistance opposée par la partie adverse.

Le jugement qui prononce le partage judiciaire n’est que la première étape du processus de partage et il faut bien connaître cette procédure pour que celle-ci soit menée à son terme dans des délais raisonnables.

Que faire quand le partage est bloqué devant le notaire commis par le Tribunal?

Un arrêt assez intéressant a été rendu par la Cour d’appel de RIOM (COUR D’APPEL DE RIOM, Deuxième Chambre Civile ARRET,  20 juillet 2016 AFFAIRE N° : 15/01885) sur le sujet et sur les réflexes à adopter pour dénouer les procédures de liquidation-partage.

Si cet arrêt ne bouleverse pas la pratique, cet arrêt est assez pédagogique car il rappelle tous les moyens à disposition du notaire pour mener à bien sa mission et tous les moyens qui peuvent être employés par l’héritier pour que le partage soit mené à son terme.

L’arrêt rendu concernait un partage consécutif à un divorce mais les attendus de l’arrêt concernent à la fois les successions et les partages post-divorce.

Cette décision rappelle que la procédure de partage est  une procédure régie par les articles 1364 à 1376 du code de procédure civile (dite de partage complexe) et que les règles suivantes sont donc applicables au partage judiciaire :

— Le notaire commis est un auxiliaire du juge du partage et il a une mission de liquidation globale : il doit faire l’inventaire, établir la masse partageable, déterminer les droits et les comptes entre les parties, faire l’estimation des biens, composer les lots et établir projet d’état liquidatif. Le notaire commis doit respecter les règles de la procédure civile et ne tranche pas au fond, mais il peut concilier les parties et porter des appréciations d’ordre juridique, notamment lorsqu’il dresse un état liquidatif qui établit les comptes entre copartageants, la masse partageable, les droits des parties et la composition des lots à répartir ;

— Le notaire commis a un délai pour agir : un an (à compter de sa désignation) pour dresser l’état liquidatif (possibilité de suspension du délai dans certains cas ou de prorogation en cas de complexité particulière) ; en pratique, on notera que ce délai est rarement respecté et que peu de notaires sollicitent la prorogation du délai qui leur a été imparti, de même que peu de juges commis sollicitent le notaire pour avoir des explications

— Le notaire commis a des moyens : il convoque les parties et leur demande tout document utile à l’accomplissement de sa mission, même s’il ne peut engager des frais de recherche qui seront payés par l’indivision sans l’accord des copartageants. Il peut également s’adjoindre un expert pour toute mission avec l’accord des copartageants. Surtout, en cas de difficultés, il peut faire appel au juge commis pour surmonter les problèmes qu’il rencontre ; il ne faut pas hésiter à insister auprès du notaire pour qu’il fasse usage de ses pouvoirs

— Le juge commis est un juge conciliateur et un juge de la mise en état. Le juge commis veille au bon déroulement des opérations de partage et au respect du délai d’un an. Il peut ordonner toute mesure d’instruction utile et notamment désigner un expert. Il peut procéder à une tentative de conciliation. Il peut, sur demande ou d’office, adresser des injonctions aux parties ou au notaire, prononcer des astreintes et procéder au remplacement du notaire. Il statue sur toutes les demandes concernant l’instruction de l’affaire mais ne peut trancher au fond ; il ne faut donc pas hésiter encore une fois à ressaisir le juge commis

— En cas d’accord total des parties devant le notaire commis (ou le juge commis) : le notaire établit l’acte de partage signé par toutes les parties, il en informe le juge commis qui constate la clôture de la procédure (pas de nouveau passage devant le juge du fond dans ce cas) ;

— En cas de désaccord des copartageants sur le projet d’état liquidatif dressé par le notaire, ce dernier transmet au juge commis un procès-verbal reprenant les dires respectifs des parties ainsi que le projet d’état liquidatif qui établit les comptes entre copartageants, la masse partageable, les droits des parties et la composition des lots à répartir ;

— Le juge commis fait rapport au juge du fond des points de désaccord subsistants ;

— S’agissant de l’éventuelle intervention finale du juge du fond (saisi par le rapport du juge commis) pour statuer définitivement sur les points de désaccord, l’article 1374 du code de procédure civile pose le principe d’une instance unique en vue de trancher toutes les demandes des parties relatives aux opérations de compte, liquidation et partage.

En cas de désaccord persistant des copartageants, le juge du fond, lors de son intervention finale, disposera donc du rapport du juge commis ainsi que du procès-verbal notarié reprenant les dires respectifs des parties mais également d’un projet d’état liquidatif rédigé par le notaire commis qui établit les comptes entre copartageants, la masse partageable, les droits des parties et la composition des lots à répartir.

L’article 1374 du code de procédure civile induit pour les parties une obligation de concentration des demandes, ces dernières doivent être présentées, à peine d’irrecevabilité, avant le rapport du juge commis.

Toute demande distincte présentée après le rapport du juge commis pourra donc être déclarée irrecevable sauf si le fondement de cette nouvelle prétention est né ou a été révélé postérieurement à l’établissement du rapport par le juge commis. Cette irrecevabilité n’est pas d’ordre public, elle doit donc être soulevée par une partie.

Cet arrêt souligne donc bien l’importance que peut avoir le rapport du juge commis ,  le procès-verbal de difficultés dressé par le notaire et donc l’importance d’être assisté et conseillé dans cette phase du dossier.

Vous avez des questions au sujet d’une succession bloquée ?

N’hésitez pas à réserver une consultation en ligne sur le site Internet du Cabinet !

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4 pensées sur “Quand le notaire commis par le Tribunal pour le partage n’agit pas…”

  1. Bonjour,
    Que faire en l’absence de notaire désigné? Depuis la nouvelle rédaction de l’art. 267 C. Civ cela n’est plus obligatoire pour le juge de désigné un notaire pour le partage post-divorce. La partie adverse se borne à ne répondre à aucune sollicitation. Mutisme absolu. La chambre inter-départementale m’ayant répondu que je peux saisir le notaire de mon choix, c’est ce que j’ai fait. Mais depuis : toujours aucune réaction de mon ex-mari. Le notaire n’étant pas désigné par l’autre partie il estime ne rien pouvoir faire (ni PV de carence, ni PV de difficulté). Que faire?

    1. Bonjour,

      Dans ce cas, que le notaire vous fasse une lettre indiquant que malgré ses démarches, votre ex-époux n’a jamais répondu et assigner en partage pour la liquidation du régime matrimonial.

      Cordialement,

      Maître LABANDIBAR-LACAN

  2. Bonsoir, nous connaissons une situation similaire.
    Mon père est décédé et un notaire judiciaire est nommé suite à un désaccord sur le paratge.
    Le notaire judiciaire n’a tenté aucune réunion entre les co-héritiers. L’un d’entre eux est décédé ce qui complique la situation car nous ne parvenons pas à savoir si ses héritiers ont accepté sa succession et, d’autre part, s’ils acceptent la succession de mon père et, si dans le cas où ils refusent si leurs propres enfants l’accepteraient.
    Les dettes sont importantes et mon notaire me propose d’accepter la succession de mon père à concurrence de l’actif net.
    Qu’en pensez vous?

    1. Bonsoir,

      C’est a priori un sujet complexe qui nécessite une étude personnalisée de votre cas. Il est possible de creuser sur la question de la position des héritiers de l’héritier décédé saisi de ses droits. Le Cabinet publiera prochainement un article sur l’ACAN si cela vous intéresse.

      Cordialement,

      Maître Emmanuelle LABANDIBAR-LACAN

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